Argot des musiciens

Mini lexique de l’argot des musiciens

Dans Les Pigalliers vous retrouverez la communauté des musiciens parisiens qui se réunissaient dans les années 20 et jusqu’en 1960 autour de la place Blanche à Pigalle et permettaient ainsi aux chefs d’orchestres de faire leur marché. Ils étaient ensuite engagé pour jouer dans des orchestres de bal ou dans des cabarets. Afin que vous puissiez bien comprendre ce qu’ils se disent entre-eux, voici un petit extrait de l’argot des musiciens.

Argot des musiciens : Ensemble des mots particuliers qu’utilisent les musiciens entre eux. Puisqu’ils vivent très souvent ensemble pendant les tournées ils ont développé ce langage particulier propre à leur corporation, peut-être pour se protèger et vous empêcher d’entrer dans leur intimité…
Imaginez ce texte dit par un Renaud ou même Sanseverino… et ajoutez-y l’accent !

« Si vous décidez d’aller dans un bastringue, un pince-fesse ou dans un cabaret écouter de la musique et si vous arrivez trop tôt, vous trouverez les amphions de l’orchestre en train de faire une répé ou un bœuf. Ils seront autour de leur juge de paix et travailleront dur, tous ensemble, parce que sans cela, ils n’en mettraient pas une dedans. Certains joueraient trop devant et d’autres derrière. Si l’un d’entre eux fait trop de pains c’est qu’il n’a pas de la chaise, et dans l’orchestre c’est vite la boulangerie. Si vous voulez être un bon musicien, la moindre des choses c’est d’accorder ses ficelles avant de jouer et de ne pas laisser son instrument sur l’armoire ! C’est que dans ce genre de groupe on joue sans partoches parce qu’on n’est pas dans un orchestre d’étoffés incapable de jouer si y’a un cigare sur la partition. Même si on est un peu cachetonneur, faire le métier c’est faire des concessions, on aime son outil par-dessus tout. Il faut faire attention à ne pas se faire virer et se retrouver à jouer à la maison ou pire sur le marché des musiciens à Pigalle. Même si certains sont des accordeurs de piano, les autres sont sensibles. Ils aiment s’empoudrer et caresser leur boîte à chagrin. Ils adorent leur grand-mère et vous faire pleurer avec leur boîte à sanglot. Alors allez écouter les croques-sol en vrai, dès que vous le pouvez, car ils le méritent bien ! »

 

LANGAGE DE SCÈNE
ET QUELQUES MOTS D’ARGOT DES MUSICIENS
(Pour les comprendre…)

A
À jardin : côté gauche de la scène quand on la regarde de la salle.
Accordage : action d’accorder son instrument en général en rapport au La qui se situe à 440 Hz, mais cela peut varier selon le type de musique et l’époque.
Accordeur de piano : musicien à la main baladeuse.
Amphions : musiciens.
Anatole : enchaînement commun d’accords de jazz comme par exemple La Mer de Charles Trenet.
Avoir de la chaise : un musicien étant souvent assis on dit qu’il a de la chaise quand il a de l’expérience.

B
Balance : avant un spectacle, les musiciens testent le son avec le technicien du son qui fait ses réglages en fonction de la salle. Il règle le son entendu sur scène par les musiciens pour leur assurer un confort maximal et celui de la salle et du public pour les mêmes raisons (ce type de réglage n’existait pas encore à l’époque des Pigalliers). En général, on fait les réglages du son, mais aussi celui des lumières qui est assuré par un autre technicien dont c’est la spécialité.
Barbu : musicien classique.
Bastringue : le bal des guinguettes, mais parfois aussi, un piano.
Baveux : saxophone.
Bien aller : bien jouer de son instrument.
Boîte à chagrin : accordéon.
Boulangerie : chanson mal jouée sur scène avec beaucoup
d’erreurs (des pains).
Boeuf : lorsque des musiciens se rencontrent, en général ils jouent ensemble pour le plaisir de faire de la musique sans pour autant faire partie de la même équipe sur scène et parfois même sans se connaître. Généralement ils improvisent ou re-prennent quelques standards qu’ils connaissent tous. Peut-être est-ce aussi une façon de se mesurer entre musiciens et par extrapolation de montrer son talent à ses collègues et être re-connu par ses pairs. Parmi les nombreuses explications concernant l’origine de l’expression, la plus crédible reste liée au cabaret Le Boeuf sur le Toit, où les musiciens se retrouvaient après leur travail pour y faire une jam session.

C
Ça joue : se dit d’un musicien ou d’un groupe de musiciens particulièrement performants ou tout simplement que les musiciens ont spectacle à venir. Par exemple : ça joue ce soir veux dire « on a un concert à faire ce soir ».
Cacheton : cachet ou salaire du musicien
Cachetonner : faire des concerts sans conviction, sans que la musique ne plaise particulièrement au musicien qui n’est là que pour gagner de l’argent et généralement pour accumuler les cachets.
Cachetonneur : musicien peu regardant sur la qualité de la musique et qui privilégie la quantité des cachetons.
Canard : fausse note.
Cassure : vieux musicien (artiste ou acteur) sur le retour.
Classiqueux : musicien classique. Le suffixe « eux » est ajouté pour insister sur le côté péjoratif que l’on veut donner au genre de musique, il peut donc s’appliquer à toutes.
Cigare : une coquille sur une partition.
Commode (à queue parfois) : piano.
Courir le cachet : chercher du travail et donc des cachets.
Croque-sol : musiciens.

D
Diapason : outil dont les musiciens se servent pour accorder leur instrument. Généralement en acier ses deux branches en forme de U prolongées par une tige, donnent le La à 440 Hz quand on les frappe légèrement. Le son qui s’en échappe peut être amplifié quand on le pause sur une petite caisse de résonance. Les guitaristes en général le font résonner sur la caisse de leur guitare.
Draperie : ensembles des rideaux (noir, en velours ou en toile) que l’on utilise pour la scène. Ils peuvent servir de fond de scène, mais aussi de parois visant à dissimuler les coulisses ou à cacher les projecteurs de la vue des spectateurs. On distingue cependant le rideau de scène qui est généralement rouge et installé en permanence sur la scène et le rideau de fond qui sera toujours noir.

F
Faire le métier : être un musicien professionnel et savoir.
Ficelle : une corde d’instrument.

G
Grand-mère : (parfois aussi « belle-mère »), une contrebasse.
Grincheux : violon.

J
Jouer à la maison : ne pas faire d’affaire, être au chômage et se contenter de jouer son instrument dans son salon.
Jouer devant : jouer en anticipant sur le temps. En général, ce sont des musiciens médiocres, car ils n’arrivent pas à jouer avec le tempo donc avec les autres. Ce qui est primordial pour la qualité de l’orchestre.
Jouer derrière : jouer après le temps. En général, ce sont des musiciens médiocres, car ils n’arrivent pas à jouer avec le tempo donc avec les autres. Ce qui est primordial pour la
qualité de l’orchestre.
Juge de paix : métronome.

M
Mettre son instrument sur l’armoire : ne pas travailler son ins-trument

N
Ne pas en mettre une dedans (ou dans le panier) : rater son solo, jouer à côté du tempo, rater son concert, ne pas jouer correctement.

O
Orchestre d’étoffés : orchestre de musique classique.
Outils : instruments.
Ouverture : première partie qui commence la soirée et qui chauffe la salle avant l’arrivée de la vedette.
Ouvrir : faire la première partie du spectacle.

P
Pains : fausses notes ou erreurs.
Pendrillon : rideau noir de scène mesurant entre 2 et 6 mètres de large, destiné à cacher les coulisses aux spectateurs.
Pigalliers : musiciens de Pigalle, mais aussi ceux qui allaient au marché des musiciens pour vendre leur talent. Dans les an-nées vingt jusque dans les années soixante, les musiciens pari-siens au chômage et en quête de reconnaissance, s’installaient le samedi et le dimanche devant la fontaine place Pigalle et sur le Boulevard de Clichy pour montrer leur talent aux chefs d’orchestre qui venaient les recruter. Les Pigalliers n’avaient en général pas bonne réputation pourtant des grands maîtres de la musique ont fréquenté longtemps ce marché.
Pince-fesse : un bal populaire
Porteuse (ou pont) : perche très solide, car bi ou tri-dimensionnelle permettant de lever des décors lourds.

R
Répé : répétition du spectacle

S
S’empoudrer : refaire le monde
Soufflerie : est l’appareil respiratoire d’un être humain dont les poumons et le diaphragme font partie et dont la maîtrise est nécessaire pour un chanteur ou un musiciens qui joue d’un instrument à vent.

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